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suite de la prétendue découverte dont il a été l'occasion, 'semble avoir fait oublier à M. P. le but dans lequel il l'avait entreprise, et, tandis qu'il a accordé deux cents pages à l'examen d'une des sources de la vie du P. Joseph , la biographie elle-même n'en a obtenu que la moitié. Cent pages pour un sujet aussi neuf, aussi mal connu, aussi étendu, c'est peu ! Il est vrai que M. P. ne s'occupe que de la vie publique du P. Joseph, du concours apporté par lui à la politique de Richelieu, et c'est sur ce point que portera notre première critique. Nous admettons parfaitement qu'un biographe s'attache surtout à mettre en lumière la participation du P. Joseph aux affaires publiques, car c'est par là qu'il nous intéresse le plus ; mais nous ne pensons pas qu'on puisse comprendre l'homme, expliquer ce mélange d'idées chimériques et d'occupations d'un caractère tout positif, ce prosélytisme catholique et ce souci des alliances protestantes, cette carrière vouée d'abord aux armes, puis inégalement partagée entre les affaires de l'Etat et celles de l'Eglise, nous ne pensons pas qu'on puisse se rendre compte des particularités intellectuelles et morales du P. Joseph — ce qui est, après tout, la partie la plus délicate, mais la plus essentielle de la tâche du biographe si l'on néglige entièrement sa vie religieuse.

A défaut de l'homme dans son ensemble, dans son unité morale, M. P. a-t-il bien fait saisir son influence politique ? Nous avons déjà à moitié répondu à cette question en disant que la thèse latine de M. P. ne dépasse pas cent pages d'impression. Pour s'être imposé des bornes aussi étroites, il faut avoir méconnu la difficulté et le principal intérêt du sujet. Le problème le plus important que ce sujet soulève, c'est de démêler la part exacte du P. Joseph dans le gouvernement et dans la politique étrangère. Il ne suffit pas, en effet, de dire d'une façon générale, ou que le P. Joseph ne faisait qu'exécuter les instructions de Richelieu, ou qu'au contraire il avait ses idées personnelles, qu'il les faisait accepter souvent par le cardinal et imprimait une direction à certaines parties de la politique. Ni l'une ni l'autre de ces thèses opposées ne peut être établie qu'après un travail qui aura fait saisir sur le fait la collaboration de ces deux esprits. On sent combien ce travail qui porte sur un nombre considérable de pièces sans signature, est long et délicat; on sent qu'il ne suffit pas de connaître l'écriture du P. Joseph et celle de ses secrétaires, mais qu'il faut aussi s'être rendu bien familier avec ses idées et avec son style pour distinguer, dans les pièces rédigées par lui, ce qui lui appartient de ce qui appartient à Richelieu. Ce n'est pas trop d'une année bien employée aux archives du ministère des affaires étrangères pour acquérir l'expérience et le tact nécessaires à une pareille tâche. Or M. P. ne paraît pas avoir mis le pied dans ce riche dépôt. Il a écrit sa

1. Voy. Revue Critique, année 1879, no 3, art. 7. C'est par erreur que les Remarquies d'histoire, de Claude Maling sont cités deux fois p. 37 sous le titre de Remarques d'Estat.

thèse presque exclusivement à l'aide des renseignements fournis par le recueil d'Avenel. L'énumération des sources qui figure p. 13 ne doit pas faire illusion. Des trente lettres du P. Joseph que M. P. dit avoir consultées à la Bibliothèque nationale et dont il ne donne pas la cote, il n'a fait aucun usage!. Il n'a pas su se servir non plus ni des Lettres et négociations de Feuquières (1753) ni des Lettres inédites des Feuquières publiées de nos jours. Il n'a pas compris davantage les ressources offertes par le ms. qui l'a fait tomber dans tant de contradictions et de méprises et qui fournit de si précieuses lumières sur les rapports de Richelieu et du P. Joseph, sur la façon dont celui-ci jugeait le cardinal, sur ses prétentions, ses sympathies et ses antipathies. En revanche, tout ce qui, dans les huit volumes d'Avenel, concerne le P. Joseph, textes et notes, a été religieusement traduit par M. P. dans un latin macaronique qui a dû faire sourire les humanistes de la Faculté des lettres chargés d'examiner sa thèse 2. Or il est à peine besoin de faire remarquer que les renseignements qu'on peut glaner dans les Lettres et papiers d'Etat de Richelieu ne peuvent servir que de jalons pour des recherches ultérieures et ne permettent pas de reconstituer la vie politique du P. Joseph.

Aux données fournies par ce recueil, M. P. s'est contenté d'ajouter des renseignements puisés dans l'Histoire de la vie du P. Joseph et dans le l'éritable P. Joseph; mais il n'a pas su voir que ces deux publications, dont la seconde ne diffère de la première que par quelques remaniements, sont l'oeuvre du même auteur, c'est-à-dire de l'abbé René Richard, et, d'après de fausses analogies, il a attribué la seconde à Le Vassor. Il n'a d'ailleurs rien fait pour nous éclairer sur les mobiles auxquels l'abbé Richard a obéi en écrivant, sur l'accueil que ces publications reçurent du public, sur la part de vérité et la part d'invention qui s'y mêlent. La critique de ces productions semi-historiques, semi-romanesques, est cependant la première tâche qui s'impose à un biographe du P. Joseph, car, si discréditées qu'elles soient, c'est encore là qu'on va chercher d'abord une idée du capucin.

Nous bornerons là nos observations. Si leur laconisme contraste avec l'étendue de la discussion à laquelle nous avons soumis la thèse française de M. P., c'est qu'il y a dans celle-ci un système dont on ne peut faire justice qu'en renversant un à un les fragiles appuis sur lesquels il repose, tandis que la thèse latine est surtout remarquable par ce qui lui manque. Engagé nous-même dans des recherches sur le P. Joseph, il ne peut convenir de faire usage de nos notes pour combler les lacunes du travail de M. P., lui indiquer la voie dans laquelle il aurait dû diriger

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1. Il n'en cite qu'une seule, p. 100, note 3. 2. Il est superflu de dire que M. P. n'a pas fait d'exception pour la lettre apocryphe dans laquelle Richelieu attribue son élévation au P. Joseph et le convie à venir partager avec lui le gouvernement. scrupules éprouvés par M. Avenel, avant d'admetire cette lettre dans son recueil II, 1), auraient dû avertir M. P.

ses investigations et livrer prématurément au public les résultats de notre travail; de là le caractère tout négatif de nos critiques. Ces critiques, qu'elles portent sur la thèse latine ou sur la thèse française, concilient, nous l'espérons, la courtoisie due à un confrère avec une légitime sévérité; s'il s'y mêlait quelque vivacité, M. P. ne devrait pas en chercher la cause ailleurs que dans l'impertinence avec laquelle il a traité le chef, le patriarche de l'école historique allemande : Léopold Ranke.

G. FAGNIEZ.

29. Fragments littéraires de M. P.-F. DUBOIS (de la Loire-Inférieure). Articles extraits du Globe, précédés d’nne notice biographique par M. E. Vacherot, de l'Institut, et accompagnés d'éclaircissements historiques. 2 vol. in-8°. Paris, Thorin, 1879. I, cxxvIII et 427 p.; II, 459 p. – Prix : 14 francs.

Le Globe, fondé en 1824 par Dubois, ancien élève de l'Ecole normale, professeur destitué en 1821 par Corbière, plus tard député de la LoireInférieure, conseiller de l'Université et directeur de l'Ecole normale, fut jusqu'en 1830 1 l'organe de la jeunesse libérale, des générations qui avaient alors de vingt-cinq à trente ans (D. lui-même était né le 2 juin 1793), et qui débutaient, on sait avec quel éclat, dans la littérature et la philosophie. Cette collection des principaux articles publiés par celui qui avait fondé le Globe et qui en fut l'âme, montre qu'il n'était pas lui-même le moins distingué parmi tant d'hommes remarquables.

D. a défini (11, 412) «la pensée qui avait fondé et et soutenu » le Globe comme « la pensée de la liberté, mais de la liberté réglée dans la politique par les lois, dans la philosophie par la raison, dans les lettres par le goût. » Ses articles témoignent de la sincérité de cette déclaration. La question qui y tient le plus de place est celle de la liberté de penser qu'il réclamait pour les jésuites aussi bien que pour les matérialistes. Néanmoins il a touché souvent à la littérature, et ce sont les articles sur ce sujet que nous voulons ici signaler à l'attention.

Voici comment D. exprime lui-même le but qu'il s'était proposé avec les jeunes gens qui s'étaient associés à son entreprise (II, 355) : « Alors (en 1824) les opinions jeunes en littérature et en philosophie n'avaient aucun interprète. A peine formées encore, chancelantes et pour ainsi dire à l'état d'instinct plutôt que de croyance, elles s'épanchaient çà et là dans les conversations, dans les cercles; elles transpiraient dans quelques pages rares; elles se hasardaient dans quelques essais d'art, dont la réputation se propageait comme par initiation, sous le silence des journaux ou sous leurs moqueries... Revendiquer d'abord la liberté littéraire, nous acharner contre les préjugés nationaux, adorer les chefs-d'œuvre étrangers à l'égal de nos immortelles gloires, révéler des noms inconnus, inquiéter les imaginations de mille rêves,

1. Le Globe passa au saint-simonisme le 14 août 1830.

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de mille besoins nouveaux, ce fut notre première mission. Assez longtemps impopulaires, nous ne nous sauvâmes de l'oppression qu'exerçaient alors sur la pensée les vieilles doctrines et la littérature impériale que par un mépris égal au mépris qu'elles affectaient pour toutes les nouveautés. »

Dès les commencements du journal (30 novembre 1824), Dubois, rendant compte de la réception de Soumet par Auger, écrivait (I, 36):

M. Auger a peint à grands traits ces amateurs de la belle nature... qui... de grand ceur échangeraient Phèdre et Iphigénie contre Faust et Getz de Berlichingen. En prononçant ces dernier mots, M. Auger a affecté un accent barbare et burlesque. Tous les journaux ont répété qu'il avait fait sourire l'assemblée; j'ignore quel sentiment excitait ce sourire; pour moi, j'ai eu pitié de l'orateur qui ne sait louer notre Racine qu'en faisant la grimace à un homme de génie et qui n'a pas encore appris qu'en France la première des convenances, comme le plus sûr indice du talent, est le respect pour la gloire 1. » Il écrivait en 1827 (II, 7): « A l'Allemagne nous prendrons sa science, ses études si consciencieuses et si profondes, et nous la devancerons : car pour elle aussi, tôt ou tard, les études s'arrêteront, il lui faudra passer de la spéculation à la pratique; et ainsi nous changerons de rôle, car ainsi va le monde; aucun travail, aucun effort n'est perdu; et tout se réunit en commun avec le temps pour faire avancer d'un pas l'humanité 2. »

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1. Gæthe lisait le Globe avec beaucoup d'intérêt. Il a consigné son jugement dans
une note, malheureusement écrite à la hâte et dont la fin n'est pas claire (Auswär-
tige Litteratur und Volkspoesie, Sæmmtliche Werke, 1840, XXXIII, 126) :
erkennen und wollen ihre Absicht nicht verläugnen, den absoluten Liberalismus allge-
mein zu verbreiten. Deshalb verwerfen sie alles Gesetzliche, Folgerechte (!) als
stationær und schlendrianisch; doch müssen sie beides gelegentlich in subsidium
wieder herbei holen. Das giebt ein Beben im Innern, ein Schwanken im Aeussern,
das sehr unbehaglich empfunden wird, indem man sich zuletzt vor lauter Freiheit
erst recht befangen fühlt. » Il semble dire que ce libéralisme absolu produit une
sorte de trépidation dans les idées, de titubation dans la conduite, qui font une im-
pression désagréable, parce qu'on se sent gêné à force de liberté. Il est curieux que
Guizot, à un point de vue très-différent, se soit rencontré avec Goethe, autant du
moins que son langage abstrait laisse entrevoir sa pensée (Mémoires, I, 324) :
< Les idées développées dans le Globe manquaient de base fixe et de forte limite;
cles révélaient des esprits animés d'un beau mouvement, mais qui ne marchaient
pas vers un but unique ni certain, et accessibles à un laisser-aller qui pourrait
faire craindre qu'ils ne dérivassent quelque jour eux-mêmes, vers les écueils qu'ils
signalaient. »

2. Sur les témoignages de Gæthe et de Tieck, Dubois se croyait fondé à écrire
(24 novembre 1827, 11, 3) : « Par notre sincère admiration, par notre recherche cu-
sieuse de tout ce que pouvait honorer les littératures de nos voisins, nous avons
contribué à détruire aussi leurs propres préjugés et leurs ressentiments contre la
France

. » C'était une grande illusion. Lachmann écrivait en 1826 (Kleinere Schriften, II, 142): « Das feine Gefühl für das Grosse und Schwene, das in ihm (la nation française) noch war, haben die Greueltage des Freiheitsschwindels erstickt. Die Wisseaschaft ist untergangen; der Charakter hat sich von Grund aus umgewandelt. In dem harten Joche der Sclaverei verlernte nicht nur das entartete Geschlecht die Spra

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Les derniers efforts de l'ancienne tragédie expirante ne pouvaient être appréciés avec indulgence. Mais Dubois appuie sa critique sur un principe qui paraîtra aujourd'hui contestable : « Nous demandons à la tragédie » (1,71) « de suivre pour première loi la fidélité à l'histoire. » - «Les étu. des historiques, les curieuses recherches du passé, le désir de voir revivre les vieux temps tels qu'ils furent, la passion du vrai et du naturel ont fait trop de progrès en France pour qu'un poète soit libre de violer l'histoire, de dénaturer des événements aujourd'hui connus de tous. » Dus bois gratifiait trop généreusement le public des connaissances historiques qu'il possédait lui-même, et il oubliait que ce qui intéresse dans l'histoire n'intéresse pas nécessairement à la scène, où la vérité humaine et générale attache plus que la vérité particulière, déterminée par les circonstances de temps et de lieu. Il était d'ailleurs fort loin d'être insensible à la beauté de notre théâtre classique; et il réfute victorieusement, à l'occasion d'une reprise de Phèdre (I, 409 et suiv.), les fausses critiques de Schlegel.

Il ne ressentait aucun engouement pour le romantisme naissant. Il ne trouvait pas dans l'Henri III d'Alexandre Dumas « plus d'intelligence historique, ni plus de vérité morale et poétique, ni plus d'invention » que dans le Pertinax d'Arnault (II, 309.

Ses jugements sur Lamartine et Victor Hugo touchent très-juste la monotonie et le vague de l'un, son impuissance à peindre la vie réelle (1, UI), « le dédain sauvage » de l'autre pour la langue, « ce goût des images incohérentes, cette rudesse de rhythme, cette affectation de l'étrange et du désordre dans les idées. Cependant, il faut le reconnaître, quelque déplaisir qu'on éprouve à la lecture de ces compositions, elles frappent l'imagination.... M. Victor Hugo est en poésie ce que M. Delacroix est en peinture; il y a toujours une grande idée, un sentiment profond dans ces traits incorrects et heurtés (I, 257). » Béranger est apprécié 3 avec plus de sympathie et de faveur; mais D. ne dissimule pas (II, 271) que l'on rencontre dans le chansonnier « des images cherchées, quoique brillantes et vraies, des combinaisons qui vont au burlesque plutôt qu'au comique, des traits plutôt amers que gais. » — « Toutes les chansons » du recueil de 1828 « qui visent à la satire politique, à la gaîté grivoise, à la

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che der Wahrheit und der Natur vollends, sondern es kam sogar dahin sie aus Ueberzeugung zu verhohnen... Schreibet in edler Einfalt : man liest euch nicht; versteht ihr aber in dem Schwall hochtrabender, aufs hæchste geputzter Redensarten spielenden Witz, scharfe Gegensætze, glänzende Bilder, auserlesene Spitzfindigkeiten : ihr seid ein Schrifsteller von gutem Geschmacke. Doch sprechen sie noch, die Dummstolzen, von Griechen und Rømern, aber nicht ein Theilchen des Ræmischen ist unter ihnen verbreitet. » Nous ne pouvons traduire ce morceau en français : le parfum s'en évaporerait. Le motif que Lachmann donnait à ce jugement sur la littéture française, c'est que la traduction de Tibulle par Mollevaut était arrivée en 1816 à la cinquième édition.

1. 30 juillet 1825, à l'occasion du Chant du Sacre.
2. 4 novembre 1826, à l'occasion du second volume des Odes et Ballades.

3. 11 octobre 1828, à l'occasion de son troisième recueil. Dubois donnait, à la fin de l'article, les Bohémiens, la Métempsycose, le Bonsoir, le Conète de 1832.

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