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PARIS
IMPRIMERIE DE DUBUISSON ET ce

Rue Coq - Jléron, 5

[1867]

I BNP

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A LA JEUNESSE FRANÇAISE

Jeunes hommes des écoles, du commerce, des ateliers, de l'armée, de toute profession et de toute condition, je vous dédie ce livre. Vous n'y trouverez ni les dramatiques luttes tribunitiennes de la Convention, ni les prodigieux élans des armées de la République qui ont sauvé l'intégrité du territoire national et assuré l'indépendance de la patrie, ni les merveilleux faits d'armes de la période impériale. Cependant, croyez-moi, l'histoire que je vous présente est celle d'un temps qui mérite votre attention et votre étude.

Au lendemain de l'invasion étrangère, qui est, non pas la plus grande honte (il n'y a pas de honte à succomber vaillamment sous la force), mais le plus grand désastre qu'un peuple puisse subir, la France, déchue de la plus haute puissance qu'aucune nation moderne ait exercée, dépouillée des frontières qu'elle avait légitimement conquises en se défendant, appauvrie de sang, d'armes et d'argent, gardée à vue par les baïon

nettes étrangères sur son propre sol, opprimée par un parti implacable, avide de vengeances, profondément ennemi de toutes les institutions nouvelles, disposant de toutes les forces du gouvernement, la France, sans autres armes qu'une presse asservie, une tribune perpétuellement menacée, un système électoral à suffrage restreint et violemment faussé, a su défendre pied à pied les débris de ses libertés, les reconquérir une à une, transporter la majorité parlementaire de la contre-révolution à la révolution, et le jour où, jetant enfin le masque, l'ancien régime provoqua la lutte suprême, la France accepta résolûment le défi, tira l'épée de 1792 et triompha,

De cette glorieuse lutte, qui fut l'âge viril de la liberté, comme la période de 1789 à 1795 en fut l'âge héroïque, une large part d'honneur revient aux éloquents et intrépides orateurs qui, pas une heure, ne désertèrent le combat, alors même qu'ils étaient réduits à une fraction minime. Un moment, ils ne furent que sept, ces lutteurs de chaque jour; et, comme leurs adversaires le leur rappelaient ironiquement, «Oui, » répondit une de ces voix spartiates, nous ne » sommes que sept ici, mais nous avons derrière » nous toute la France ! »

C'était vrai, et c'est un impérissable hon

neur, à ces fiers tribuns, de n'avoir abaissé le drapeau de la liberté ni devant les fureurs de la majorité, ni devant les colères de la royauté; à leurs commettants, d'avoir avec persévérance, malgré menaces et séductions, maintenu leur mandat en des mains si dignes et si fermes; — à la nation exclue du scrutin, d'avoir inspiré un tel courage civique aux privilégiés du cens électoral. La jeunesse française contribua puissainment à ce mouvement. Intelligente, généreuse, enthousiaste, elle applaudissait les orateurs et les écrivains; elle-même fournissait à la presse quelques-uns de ses combattants; exclue de la participation légale aux affaires publiques, elle se jeta dans les voies périlleuses – périlleuses pour les citoyens, périlleuses pour la liberté — des conspirations et des agitations de la place publique. Que de sang généreux a coulé, que de nobles têtes sont tombées, sur les échafauds, sous le fer, sous les balles, depuis les Patriotes de 1816 jusqu'aux soldats improvisés des trois jours ! Les écoles ont donné Lallemand, Farcy, Vanneau; l'armée, les quatre sergents de La Ro-. chelle; les ateliers Pleignier, Tolleron, Carbonneau, etc.

Jeunes hommes d'aujourd'hui, ne les oubliez pas. Si le temps a fait disparaître les circonstances

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