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qui les poussèrent au sanglant sacrifice de leur vie, c'est un exemple utile et digne d'être suivi en tous les temps que celui du dévouement à la patrie mettant tous les autres intérêts au-dessous de l'accomplissement des devoirs civiques.

L'histoire de la Révolution, que vous connaissez tous, vous a appris comment les citoyens doivent combattre, triompher ou mourir pour l'indépendance de la patrie (1) : l'histoire de la Restauration, moins connue bien que plus récente, vous montrera comment la foi politique, la constance dans l'emploi des moyens légaux, la fidélité aux principes peuvent faire triompher les doctrines et les idées.

Puissé-je, par ces pages rapides et incomplètes, vous inspirer le désir de connaître et d'étudier plus amplement ce temps véritablement glorieux pour la nation française ! L'histoire complète en a été écrite par un maître : ceux d'entre vous qui voudront savoir plus liront le livre patriotique d’Achille de Vaulabelle.

FRÉDÉRIC LOCK. (1) Est-il besoin de rappeler que, pour ceux qui n'ont pas à leur disposition les grands ouvrages de Louis Blanc et de Michelet, M. Carnot publie, dans la Bibliothèque utile,

un tableau substantiel et raisonné de l'Histoire de la Révolution ? - F. L. 1867.

DE

LA RESTAURATION

CHAPITRE PREMIER

Première Restauration

Libératrices sous l'impulsion de la République, conquérantes sous la main de Napoléon, les armées de la France avaient, de 1804 à 1813, fait peser sur l'Europe continentale une domination dont il n'y a pas eu d'exemple depuis les temps antiques de Rome. Cette domination avait hu-: milié les souverains dans leur orgueil, et, chose plus dangereuse, blessé profondément les peuples dans leur patriotisme et leur nationalité. Tous n'attendaient que l'heure de prendre une terrible et trop légitime revanche. La désastreuse retraite de Russie en donna le signal. Les rois appelèrent les peuples à s'armer au nom de l'indé

pendance et de la liberté ; les nations se levèrent contre l'oppresseur commun et se précipitèrent, irritées, sur les armées françaises. Pour lutter contre cette formidable coalition, d'abord au milieu de l'Allemagne insurgée, puis sur le sol même de la France envahie, Napoléon retrouva des inspirations militaires dignes de ses brillantes campagnes d'Italie. Mais rien n'arrêtait l'irrésistible avalanche : après chaque victoire il fallait reculer comme si c'eût été une défaite. Malheureusement aussi, le politique ne fut pas alors, dans Napoléon, à la hauteur du capitaine. Il fit mépris ou ne sut pas profiter des occasions qui lui furent offertes de conclure avantageusement la paix. Le 1er janvier 1814, la frontière française était franchie par les alliés, arrêtés plusieurs jours avec hésitation devant ce seuil héroïque, d'où, provoquée par eux, la Révolution s'était élancée victorieuse vingtdeux ans auparavant. Trois mois après, le 30 mars, les étrangers vainqueurs pressaient leurs bataillons au pied des hauteurs qui dominent le nordest de Paris, s'en emparaient après un combat où 23,000 soldats tinrent pendant treize heures contre deux cent mille ennemis auxquels ils tuerent 14,000 hommes, et devenaient maîtres de Paris en vertu d'une capitulation signée par les aides de camp du maréchal Marmont, qui les y avait autorisés sur les instances des magistrats municipaux de Paris. Marmont avait énergiquement défendu la capitale, autant que le permettaient ses faibles ressources militaires; acculé au mur d'octroi, barrière insuffisante, noir de poudre, exténué de fatigue, il avait d'abord conclu

- 9une simple suspension d'armes, seul acte qu'il eût qualité pour signer, et il ne s'y était décidé que sur l'ordre écrit de Joseph Napoléon, chargé par l'empereur du commandement de Paris, ordre, dont le maréchal avait différé l'exécution pendant plusieurs heures, jusqu'au moment où ses troupes succombaient, accablées sous l'effort des masses ennemies. Il ne s'était résolu à convertir l'armistice en capitulation qu'après de longues obsessions du corps municipal, de fonciionnaires et d'habitants notables qui craignaient de voir Paris livré à toutes les horreurs d'une prise de vive force. Si Marmont eût été à Essonne ce qu'il fut dans la journée du 30 mars, la mémoire de ce maréchal serait demeurée irréprochable devant l'histoire. Du moins, quelque graves qu'aient été ses fautes ultérieures, faut-il lui laisser l'honneur d'avoir vaillamment fait tout ce qu'il était humainement possible de faire pour la défense de Paris. Mal renseignée, l'opinion publique, qui ignorait et l'imprévoyance du chef de l'empire, et la coupable défaillance des frères à qui il avait confié sa capitale, et l'incurie des fonctionnaires; l'opinion, qui ne comprenait pas que la capitale d'un grand Etat comme la France ne possédât ni moyens suffisants de défense, ni armes, ni approvisionnements pour sa nombreuse population, l'opinion chargea de toutes ses réprobations le chef militaire qui subit une inexorable nécessité. L'histoire a le devoir de ne pas céder à ces emportements des colères contemporaines, et de rendre justice à celui qui, hier soldat intrépide, devait être le lendemain... le Marmont d'Essonne.

Le 31 mars 1814, les armées ennemies, les alliés, comme ils s'appelaient et comme bientôt les appelèrent les partisans des Bourbons, donnant à cette dénomination un sens anti-patriotique, les alliés firent leur entrée dans ce Paris où un ennemi vainqueur n'avait pas pénétré depuis les guerres du xve siècle. Ils déroulèrent leurs interminables colonnes le long des boulevards et des quais, comme pour frapper d'épouvante la population parisienne. Hélas! il faut le dire, la population parisienne du 31 mars 1814 n'était plus celle qui avait fait les grands jours de la Révolution, le 14 juillet, le 10 août, celle qui avait donné l'élite de sa virilité aux armées de 1792 et de 1793. Dix ans de guerres continues lui avaient enlevé sa jeunesse, dispersée sur tous les champs de bataille de l'Europe, et, plus que cela, dix ans de despotisme l'avaient déshabituée de la vie politique et presque du patriotisme. Si quelques âmes frémissantes enviaient la résolution désespérée qui avait chassé Napoléon de Moscou, et fuyaient au fond de leurs maisons le spectacle du triomphe de l'étranger; si d'autres, en présence des phalanges ennemies, maudissaient l'impuissance qui ne leur permettait pas d'imiter la résistance acharnée de Saragosse, beaucoup en étaient réduits à chercher une atténuation à ce grand désastre patriotique dans l'espoir que le retour de la liberté rachèterait ces jours de deuil. Mais d'autres aussi, trop nombreux, hélas! ne songeaient qu'à leurs intérêts personnels, préservés par la victoire de la coalition. Quelques-uns, enfin, plus hardis ou

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